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Mort subite du nourrisson: la
nicotine en question

La
nicotine transmise par la mère fumeuse à son foetus induirait
une diminution durable de l'efficacité des réflexes
respiratoires, augmentant le risque de mort subite du
nourrisson, selon des travaux dirigés par des chercheurs de
l'Institut Pasteur.
© AFP/Archives Didier Pallages |
PARIS (AFP) - lundi 09 septembre 2002 - 21:08 GMT - La nicotine
transmise par la mère fumeuse à son foetus induirait une diminution
durable de l'efficacité des réflexes respiratoires, augmentant le
risque de mort subite du nourrisson, selon des travaux dirigés par
des chercheurs de l'Institut Pasteur.
L'interférence de la nicotine avec des molécules du cerveau, des
récepteurs, impliquées dans des réflexes respiratoires destinés à
prévenir l'arrêt respiratoire pendant le sommeil, expliquerait
l'effet néfaste de l'exposition au tabac pendant la grossesse, selon
l'étude, publiée lundi dans les compte-rendus de l'Académie des
sciences américaine, les PNAS.
Les scientifiques espèrent que leurs recherches sur le rôle du
récepteur, dénommé "b2 nAChR", aideront au développement de méthodes
permettant de prévenir ce syndrome de mort subite chez les
nouveau-nés à risque.
Des études épidémiologiques avaient déjà lié le tabagisme maternel à
la mort subite du nourrisson, mais sans clairement en expliquer le
mécanisme.
Le manque d'oxygène pendant le sommeil, qui peut survenir
spontanément sous forme de brèves pauses respiratoires (apnées),
déclenche normalement une puissante excitation cardio-respiratoire
et l'éveil.
Le Pr Jean-Pierre Changeux (Institut Pasteur) et ses collègues ont
mesuré la respiration et la capacité d'éveil de souris modifiées
génétiquement afin d'être dépourvues d'une portion (sous unité
béta-2) d'un récepteur (nAChR), une des molécules du cerveau sur
laquelle se fixe la nicotine.
Les souris ont été observées dans des conditions (plus ou moins
d'oxygène) mimant les apnées du sommeil. Selon l'étude, les rongeurs
ordinaires réagissent mieux au manque d'oxygène que les souris
mutantes. En revanche, l'injection de nicotine, sans effets sur les
souris modifiées, altèrent les réflexes vitaux des souris normales
face au manque d'oxygène.
"La nicotine, transmise par le sang au foetus, bloque durablement le
système qui permet de réagir contre la chute d'oxygène", explique à
l'AFP l'un des chercheurs, Claude Gaultier (hôpital Robert Debré,
Paris).
"Il vaut mieux s'arrêter de fumer avant la conception pour
s'habituer à ne pas fumer pendant la grossesse" sans trop de stress,
conseille-t-elle.
Les campagnes pour encourager à coucher sur le dos des bébés sur un
matelas ferme ont permis une réduction spectaculaire de ces cas de
morts subites inexpliquées dans le monde. Ne pas trop couvrir le
bébé, ne pas chauffer sa chambre au delà de 19 degrés, et, ne pas
fumer en sa présence, font partie des conseils délivrés aux parents
dans le cadre de ces actions préventives.
En France, le nombre de ces décès brutaux de nouveau-nés de moins de
6 mois a baissé de plus de 70% rien qu'entre 1991 (1.369 décès) et
1993, date du lancement de la première campagne prônant le couchage
sur le dos.
"Après le tabagisme maternel, il y a sans doute d'autres facteurs
qui favorisent cette mort brutale du nourrisson, comme les facteurs
génétiques qui restent à explorer", estime Mme Gaultier.
Ces travaux de Pasteur ont été menés en collaboration avec les
laboratoires d'Hugo Lagercrantz (Karolinska Institute, Stockholm,
Suède) et de Philippe Evrard (hôpital Robert Debré, Paris).
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